A 14 ans, au moment de rentrer en classe de 3e, je fis une tentative héroïque. Ce jour-là, au retour du collège, je suis arrivée dans le salon comme une princesse.
- Maman, j'arrête l'école. Je veux monter à Paris pour être chanteuse.
- Eh bien chante ! me répondit-elle sans se démonter. Je ne sais pas, moi, chante sous ta douche...Tu veux que je t'inscrive dans une chorale ? On va t'inscrire à une chorale. Tu veux prendre des cours de chant ? C'est ça ?
- Mais maman, je veux être une chanteuse...
- Quand tu auras ton bac tu pourras arrêter l'école mais pas avant !
C'est clair, net, et prononcé sur un ton définitif. Elle avait raison, naturellement. Mon père aussi, car, bien entendu, il partageait cet avis. Aucun espoir de ce côté non plus pour tenter de contourner l'obstacle. Les parents ont souvent raison, mais il faut attendre un peu pour s'en rendre compte. Je dis ça aujourd'hui mais, obsédée et désespérée comme je l'étais sur le moment, je vivais cette décision comme une terrible injustice.Avec des sanglots refoulés dans la gorge, en pleine révolte, je pensais tout simplement que ma mère était méchante. Ce soir-là, j'ai vraiment eu envie de m'enfuir, de quitter la maison et cette ville où tout semblait se liguer contre moi pour m'empêcher de vivre ma vie. Pas moins!
Maman qui tient toujours ses promesses me fît donner des leçons de chant. Elle avait trouvé un musicien pour les cours, seulement tant que la voix n'avait pas mué on risquait de l'abîmer. Il ne fallait pas forcer avec les exercices, ni les répéter trop souvent. A cause de cela, ce que l'on fait d'ordinaire en 3 ou 4 mois en prit 8. Naturellement je trouvais tout ça beaucoup trop lent. De toute façon ce n'était pas le truc miracle qui allait chambouler ma vie. Pour moi les choses devraient se faire tout de suite ou jamais.
[...]Ce besoin de reconnaissance par le monde extérieur n'était cependant ni de l'orgueil, ni de la mégalomanie. Il était l'expression confuse d'une prise de conscience - et même d'une responsabilité -, celle de devoir exprimer le talent dont je me sentais habitée presque jusqu'à la souffrance. '
Extrait du chapitre 4
'L'incroyable se produisit juste à la fin de cette période: ' Graines de star ' modifiait sa formule : le casting s'ouvrait désormais aux jeunes entre 12 et 17 ans. J'en avais presque 16 et demi. ' C'est le moment ou jamais ! ' pensai-je le coeur battant. Après il serait trop tard. Mon émission fétiche, the émission, mon rêve de gosse devenait accessible. C'était trop beau pour être vrai. Quand ils ont annoncé cette nouvelle, j'ai éclaté en sanglots. Mon père m'a fait signe tout de suite.
- Viens, nous allons regarder sur le site Internet ce qu'il faut faire pour participer. Le temps d'allumer l'ordinateur, de se connecter, et après avoir pianoté quelques instants en passant par M6, nous avions le renseignement. Il suffisait d'adresser à la production une cassette audio avec un enregistrement de 2 ou 3 titres connus ou originaux, accompagnée d'une fiche signalétique et d'une autorisation parentale.
Je notai l'adresse en me disant ' je vais envoyer tout ça demain. ' Mais presque aussitôt j'ai senti l'angoisse monter. J'avais tellement rêvé de cet instant que tout à coup je ne savais plus quoi faire. J'avais une peur bleue de ne pas être prise. Si j'envoyais ma cassette et que rien n'advenait, j'aurais l'impression de prendre une gifle magistrale.
Ma mère, comprenant très bien ce qui se passait dans ma tête me secoua.
- Là, tu commences à m'énerver ! Vas-y, envoie cette cassette. Qu'est-ce que t'attends ? Qu'il soit trop tard ?
Extrait du chapitre 10
' Si, pour le prime, et face à l'adversité, nous formions un groupe uni, entre nous les relations étaient plus complexes. C'était un peu la jungle. Moi qui n'étais jamais sortie de ma famille et n'avait aucune expérience - si minime fût-elle - de la vie en communauté, j'apprenais en ramassant des claques à qui je pouvais faire confiance, à quel moment j'avais la possibilité de m'appuyer sur tel ou tel, et à quel autre moment il ne fallait absolument pas s'y risquer ...
Georgy ( Georges-Alain ), mon grand frère aujourd'hui, se montrait très lunatique au château. Pas avec les autres, mais avec moi. Aussi avais-je intérêt à observer le mode d'emploi et à bien repérer le moment propice pour lui parler... Même chose avec Houce. Tous les 2 marchaient de pair, comme de vrais frangins.
Je pouvais en revanche compter sans réserve sur Aurélie et Fabien, évidemment. Avec Jeremy nous avons appris à nous connaître petit à petit. Il a fallu d'abord un temps d'observation avant de nous apprivoiser mutuellement.
Au début, je n'avais pas vraiment de rapports avec Nolwenn. Nous étions trop différentes l'une de l'autre, dans nos façons d'être comme dans nos univers.
En revanche nous nous entendions bien. Nous ne nous sommes jamais enguelées, et il n'y a jamais eu d'embrouilles entre nous, contrairement à ce que l'on a parfois voulu laisser entendre.
Comme dnas tous les groupes, au bout d'un moment, il s'est formé des alliances. Pour moi, ce fut Aurel' avec Fab'. Il est vrai qu'avec ma grande copine, nous partagions énormément de petits secrets qui échappaient aux caméras. Nous profitions en effet des breaks non filmés pour filer en salle de sport et nous confier l'une de l'autre. '
Extrait du chapitre 12
'Toutes les rencontres que j'ai pu faire ont été extraordinaires, et tellement différentes les unes des autres. Je ne vais pas parler des moments que nous avons passés au château, pendant les répètes et durant les primes avec des géants comme Céline Dion, Johnny Hallyday, Phil Collins, Tom Jones, Lionel Richie, Ray Charles, Mariah Carey, Hélène Ségara, Roch Voisine, Marc Lavoine, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldam, Pascal Obispo... Il est impossible de tous les nommer. Je crois bien que je pourrais écrire un livre entier uniquement sur ce sujet.
J'ai partagé des intants de pure magie avec quelqu'un comme Youssou N'Dour. J'avais l'impression d'être à côté d'un sorcier africain. Il émanait de lui des ondes positives qui créaient un rythme porteur. Tant que la musique durait, il était impossible de s'arrêter de bouger.
Ces rencontres m'ont énormément apporté sur le plan professionnel, mais elle m'ont aussi beaucoup fait changer humainement. La vie en communauté a été un autre moteur de cette évolution. En tant que fille unique, au sein d'une famille j'étais un peu le centre du monde, et j'en avais pris l'habitude. A la Star Ac', on ne peut pas se permettre d'être égocentrique. Je me suis assagie, je me suis calmée, je me suis posée. Je pense être devenue également beaucoup moins capricieuse, plus à l'écoute des gens et plus tolérante encore à leur égard
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